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La science n'est pas une industrie, le savoir non plus

— Sébastien Cevey,
2005-01-27

Une réponse à l'article "Pour une EPFL plus sélective capable de regagner le «top ten»" (par Pascal Perez, dans l'Agefi, 2005-01-21), paru dans la rubrique Invité de l'Agefi (2005-02-02).

Récemment, l'EPFL aurait quitté l'un de ces innombrables "top ten" si chers aux entrepreneurs. Dans un article paru en ces pages le 21 janvier, Pascal Perez, propose généreusement diverses mesures pour pallier au désastre.

Mais quel désastre?

Les statistiques sont formelles: le nombre d'élèves est en constante augmentation. Mais quoi de plus normal pour une école en pleine évolution, ouvrant chaque année de nouvelles facultés et de nouveaux bâtiments, par ailleurs fréquentés par l'auteur lui-même? Contrairement à l'UNIL, la surpopulation n'est pas encore aux portes de l'école fédérale.

Au milieu du mélange de propos polémiques, malheureusement contradictoires, on parvient malgré tout à extraire l'essence de la diatribe: La qualité moyenne des étudiants est médiocre, ce qui nuit à la réputation de l'école et distrait les plus assidus.

Pragmatiquement, deux mesures sont proposées pour endiguer "l'afflux indésirable" avant qu'il ne franchisse les portes du premier cycle.

Tout d'abord, une mesure académique avec l'introduction d'examens d'entrée. Si ceux-ci réduiraient effectivement les échecs de première année, ils ne feraient que déplacer le problème hors des bancs de l'école. Le fardeau reposerait alors sur les écoles de maturité, dont le niveau est paradoxalement récrié par l'auteur, et ne dépendrait pas forcément des dons scientifiques de l'étudiant.

Pourquoi refuser de faire entrer les étudiants dans l'école avant de pouvoir juger de leurs compétences? La réputation d'une école ne se fait pas sur les compétences des gens qui y entrent, mais de ceux qui en sortent.

Une année préparatoire ferait aussi son apparition pour mettre tout le monde à niveau et rendre les études plus fluides. Cependant, ce serait ignorer le nombre non-négligeable de redoublements d'étudiants passés par la filière CMS, pourtant citée en exemple par l'auteur.

De tels changements académiques créeraient un environnement de compétition au sein de la formation, stimulant pour l'élite mais destructeur pour les autres élèves seulement intelligents. La force de l'EPFL est de placer le défi dans l'apprentissage de la science plutôt que la compétition académique. Ceux qui regrettent cette dernière se sentiront probablement plus à l'aise en HEC.

La seconde mesure, d'ordre économique cette fois, consisterait à augmenter l'écolage pour dissuader les "touristes". Toutefois, cette hausse fermerait aussi les portes à tous les étudiants brillants mais issus de familles modestes. La Suisse a toujours favorisé l'accès égalitaire à l'éducation pour l'ensemble de la société; des emprunts à des entreprises privées n'offriraient qu'une vague garantie de toucher un jour un salaire suffisant pour rembourser ses études.

Il est heureusement peu probable que l'on cède à un tel élitisme financier, creusant encore dans les tranchées sociales pour assurer l'éducation des mieux lotis. L'EPFL tremplin d'une élite minoritaire?

La Constitution lui donne pour but "de former des étudiants et du personnel qualifié dans les domaines scientifique et technique" (art. 2.1.a). On lui saura gré de s'en charger au mieux, sans discrimination, par exemple en améliorant l'orientation des nouveaux étudiants, trop mal conseillés pour faire d'entrée un choix réfléchi, et en prêtant une réelle attention aux évaluations de cours des étudiants pour améliorer la qualité de l'enseignement.

Quant à l'excellence sollicitée par Pascal Perez, si elle n'est pas imposée, elle n'est certainement jamais pénalisée. La perfection, comme la tolérance, peut être une discipline personnelle sans être ancrée dans les règles.


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