Harry Potter 3: Expelliarmus Columbus, Accio Cuarón
Qu'est-ce qui a bien pu prendre Warner Bros de confier la réalisation de sa licence à succès à Alfonso Cuarón, metteur en scène confirmé mais étranger à ce style de film et au phénomène (il n'avait pas lu les livres avant d'être appelé !) ?
Peut-être l'échec artistique d'un homme du milieu justement, Chris Columbus, fatigué par les deux premiers épisodes et critiqué pour ses mises en oeuvres trop plates. Peut-être l'envie de voir mûrir les films, toujours plus matures et sombres au fil des tomes. Peut-être, enfin, l'édifiante réussite de Peter Jackson, lui aussi débarqué d'un autre monde mais néanmoins auteur indiscutable de la plus superbe des trilogies, à jamais.
Un peu de tout ça, probablement, et on ne peut que s'en féliciter en voyant ces éléments vérifiés.
Harry Potter respire enfin, s'épanouissant sur la toile aussi librement que dans sa version encrée. Cette fois, plutôt que de se réfugier derrière une adaptation trop fidèle à la narration et forcément plus lisse, le film s'émancipe pour relever plus de l'interprétation des romans que du simple portage vers un nouveau medium.
Le réalisateur s'en donne à coeur joie, jouant avec la topographie du terrain, osant des plans-séquences impossibles (magiques?), titillant les protocoles les plus sacrés (habits décontractés, omission du traditionnel au revoir final). La lumière est revue à la baisse, le château perd son look Disneyland et se complexifie, entre pierres gothiques et rouages menaçants. Les acteurs ont grandi, servis par une direction les postant au premier plan. Même John Williams semble libéré, alternant entre un thème noirci, des jeux d'orchestres et des fugues swingantes.
Plus sombre, plus mûr, ce troisième épisode rejoint l'évolution des livres et s'annonce comme le plus personnel à son réalisateur, quoique paradoxalement le plus fidèle au niveau de son ambiance. Un presque-sans-faute dont on oubliera vite les quelques écarts narratifs, excusés sans grand peine par l'omniprésente magie du film.
Note: 5/7