The Village: La peur au village
Artisan pseudo-indépendant au sein de la machinerie hollywoodienne, M. Night Shyamalan ne se lasse pas du style qu'il s'est choisi. Après sa révélation au travers du Sixième Sens, il a perfectionné son art avec deux films moyennement réussis, quoique toujours aussi surprenants, narrativement et cinématiquement. The Village continue dans cette lignée, peaufinant le genre et exploitant ses thèmes récurrents.
Comme toujours, le récit est centré sur un élément mystérieux, propice à une ambiance surnaturelle et au rituel climax renversant. Cette fois pourtant, l'exposition de l'environnement narratif prend le pas sur l'incontournable révélation, moins prédominante que dans les oeuvres précédentes. Les interprétations sont aussi plus intéressantes que d'usage, ce qui donne l'occasion à Joaquin Phoenix, en garçon simple et bon, de nous rappeler inutilement son grand talent et à Bryce Dallas Howard, en aveugle pure d'âme et à la fragilité de porcelaine, de nous faire découvrir le sien.
Le récit se déroule donc dans un monde clos, isolé de la société (de façon très explicite cette fois, mais l'impression existait déjà dans les oeuvres précédentes). On retrouve toutefois un nombre plus élevé de protagonistes qu'à l'habitude, mais toujours mené par des personnages bons et fragiles, mûs par leurs seuls sentiments et sauvés par la pureté de leur volonté et leur foi en leurs croyances, bien que sans trait direct avec la religion cette fois. L'usage toujours sublime de la photographie permet de donner un rôle important aux couleurs et d'entrer dans l'intimité des gens avec des plans longs et habilement cadrés.
Le film nous plonge ainsi dans l'âme humaine de protagonistes tourmentés. Car encore une fois, derrière l'ambiance surnaturelle se cache une saine leçon d'humanité sur l'importance de la bonté et la foi. À la manière d'une oeuvre de science-fiction, l'expérience portée sur un groupe isolé n'est que la métaphore du fonctionnement plus général de toute la société. Cette fois, on va jusqu'à confronter ces individus à la réalité, exposant autant plus clairement le choc sociologique.
Avec ce dernier film, l'évolution stylistique n'est pas éclatante mais démontre en de maintes touches subtiles le gain d'assurance et de maîtrise du réalisateur, capable de toucher par les idées les plus simples et séduire sans artifices complexes grâce à sa franchise. Une affirmation de son style dont résulte sans conteste son plus beau film après Le Sixième Sens.
Note: 5/7